Sana, premier roman de Léo Larbi

Le 30 avril nous publions le premier roman de Léo Larbi qui inaugure une nouvelle collection littérature. Celle-ci accueillera en 2022 un inédit Jose-Maria Arguedas. Voici quelques informations sur ce premier ouvrage : Sana

« et puis le passé, où ça va quand c’est passé ? où ça va ? pas dans nos têtes, pas dans la petite caboche de Lulu comme elle dit la tata, pour sûr que non, y’a pas la place dans la petite caboche de Lulu »


Sana est un roman pluriel tressé autour d’une même figure féminine à deux âges opposés. Le texte se constitue de trois types de sections, chacune se voyant attribuer une manière stylistique différente.

Sana : une jeune enfant, Lulu, à l’âge incertain, enfermée au sanatorium de Roscoff, bien souvent immobilisée en raison d’une tuberculose proliférante en ses jeunes genoux. Aux mouvements limités de son corps répond le flux intérieur de ses pensées, souvenirs, peurs et joies. Ce flux de conscience enfantin est fréquemment interrompu par des blocs narratifs, descriptifs et intertextuels, liés, toujours, mais plus ou moins directement, aux élaborations de Lulu ou à sa vie au sanatorium.

Danjoutin : Lulu, l’enfant devenue vieille femme, chez elle à Danjoutin, cherchant à atteindre ses enfants, sa fille notamment, en lui envoyant des collages hétéroclites (clichés familiaux, extraits de magazine, petites annonces…) faits de souvenirs tantôt vagues, tantôt précis, teintés par l’amertume d’une vieillesse solitaire et revancharde.
À trois reprises des interludes convoquent une figure de père et de mari, Georges, en trois lieux : dans son bistrot, à une séance de pêche à la mouche et lors du traçage des lignes du terrain de football de sa commune.

Moins qu’un récit biographique, ce roman parie qu’une mémoire se constitue aussi de souvenirs qui ne nous appartiennent pas, ou plus. Puis-je, demande Lulu, me souvenir ce que je n’ai pas perçu ? Puis-je me souvenir des souvenirs d’un autre ? À ces questions d’apparence enfantine, Sana tâche de répondre par l’affirmative. Les personnages – Lulu avant tout – y sont ainsi la surface de projection d’un vécu, mais d’un vécu à la temporalité compliquée, tressé par des expériences hétérogènes n’appartenant plus en propre à des identités, mais plutôt à quelque chose comme une mémoire commune, familiale, politique aussi, comme si la fêlure d’un traumatisme court-circuitait la linéarité du temps et des générations. Non pas un récit de soi, donc, mais un récit hors de soi où l’expérience et les souvenirs sortent le temps et le sujet hors de ses gonds.

Du point de vue de l’écriture, ce pari entraîne une construction romanesque où les voix et les styles coexistent, parfois s’entrechoquent. Se côtoient ainsi dans ces pages une oralité manifeste où l’écriture est comme la trace laissée par la parole, ses balbutiements, ses cris et chuchotements, son honnêteté mais aussi sa mauvaise foi, et une écriture qui s’autonomise, plus intérieure, poussée à sa limite par l’usage d’une syntaxe étendue où s’enlacent parenthèses, incises, dérivations et reprises.

Si ce roman est pluriel c’est que s’en dégage une confiance dans le langage : confiance que le langage peut non pas tant transcrire le traumatisme, mais l’écrire, lui donner une existence textuelle où l’impossibilité vitale propre à la brisure subjective se convertit en mots, en phrases, en bloc de textes ; confiance que l’espace du roman permet, par l’invention d’une langue, le passage de l’intime au commun, d’un « je souffre » à un « ça souffre » ; confiance, tout aussi bien, en ce que la division entre les mots et les choses est moins ferme qu’elle paraît, mots et choses partageant qualités, textures, transparences et opacités, mots modifiant les choses, choses sculptant les mots.

Léo Larbi, né en Alsace en 1985 et résidant aujourd’hui en Normandie, a suivi une formation universitaire en musicologie et en philosophie l’ayant mené jusqu’au doctorat. 
 Si institutionnellement l’écriture a été pour lui liée d’une part à l’élaboration théorique et de l’autre à la composition musicale, il poursuit une pratique romanesque depuis l’enfance. La découverte précoce – héritage de son père – de l’œuvre d’Henri Michaux marque pour lui un jalon crucial. Plus tard, la lecture amoureuse de Marcel Proust, James Joyce, Claude Simon et Samuel Beckett l’ont autant confirmé qu’influencé dans son désir d’écrire. Sana est son premier roman.

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